vendredi, décembre 01, 2006

Mémoire...quand tu me parles...


Jeu de miroir ou jeu de mémoire, une mémoire subversive, examinatrice, observatrice qui te saisit et te demande de l'exhumer du bien fond de toi. Elle demande à être libérée et être libre, elle réclame une part de lumière .Elle te nargue, te saoule, te pousse dans tes derniers retranchements. Elle est la gardienne de tes mots et tes maux, peut –être ? Elle joue à ce jeu de te faire miroiter à travers des miroirs, quoique invisibles les tréfonds de tes méandres, elle se perd dans les dédales de tes peurs.

Souvenirs de mots, souvenirs de chants d’une voix de ténor qui te transportent dans un mouvement où l’oubli est au rendez-vous. L’oubli dis-tu ? Non, juste une illusion qui te happe qui se présente tel un mirage, une bouée « de bout » de sauvetage, un leurre bien trompeur ! La mémoire n’oublie jamais : des images frôlent ton cerveau endormi et le réveillent par le biais d’un parfum, d’une image…..Des espèces d’électrodes qui t’électrisent et secouent tout ton être, comme des appels lancinants qui ébranlent ta mémoire pour lui rappeler jusqu’au moindre détails ses faiblesses , ses failles…. ?

Laisse toi envahir par ces sensations que tu sembles oublier et que ta peau s’en remémore avec exactitude, n’oublie point que la peau a une mémoire……….Ton teint , à la fois des îles et d’ailleurs, se rappelle de cette couleur café que tu aimes bien, enfin, même si tu sembles lui donner une appartenance autre……

La mémoire a un charme dévastateur dis tu ? Elle vient …. Et voilà que ton réveil sonne pour la seconde fois te rappelant le quotidien. Par la fenêtre de ta chambre, tu regardes sans te lasser ce paysage tout blanc, il est un peu différent aujourd’hui aux premières lueurs de l’aube, il te paraît comme irréel , comme si tu continues à le voir à travers ta mémoire qui le reconnaît par cœur .Il t’arrive même de le dessiner tel un peintre avec une palette de couleurs et que des fois tu sembles te dire : en tant que peintre il faut le blanc contraste avec une autre couleur pour créer un univers…..tu cherches tes mots non ? Ah oui, tu voulais dire un univers « homérique ». Non, oublies un peu la tragédie, concentre toi sur ta toile….Un pinceau à la main, tu aimais bien, cette partie de la journée où tu es tout seul dans ton monde à toi : tu disais que tu ne t’ennuyais jamais et pourtant tu te cloisonnais dans une sorte de solitude que tu appréciais ! Pourtant la solitude, c’est de se sentir un peu seul dans le monde, bref, un peu dans « son monde à soi » …………..

Au contraire des autres, tu aimais bien t’isoler dans ton atelier à longueur de journée sans que le silence ne vienne te déranger, tu n’entendais aucun son, sauf celui de ton pinceau qui flirtait avec ta toile, tu adores ce son là : la plus belle musique que tu as écouté depuis que tu t’es mise un jour à redessiner par hasard……

Est-ce un hasard que te vouloir reconstruire le monde sur des toiles, ou cherches-tu à être rassurer en recréant ton monde, et à recréer tes couleurs ? Ah , je me rappelle nos longues discussions sur la notion des couleurs, la symbolique des couleurs….Bizarrement, une couleur revenait dans tes toiles, une couleur toute légère, à peine perceptible à travers des petites tâches ici et là….Un bleu tout pâle qui repeint ces notes , ces espaces un peu bleu dans le ciel…..Tu disais vouloir être un peintre impressionniste….peut-être pour impressionner…Mais non, tes toiles étaient un tumulte de courants picturaux , tu n’appartiens à aucune école ,encore moins à un courant tout dépend de ton humeur du moment…

Est-ce un hasard que tu t’es mis à redessiner ? Ou adores-tu comme tu dis le doux son de ton pinceau qui touche ta toile ? Ta toile, une liesse de sentiments aux sons de musique catalane, baroque, univers que tu crées à chacune de tes expositions où tu t’exposes aussi : tu ne voulais pas, tu t’entêtais à garder tes toiles pour toi en disant que c’étaient les tiennes, et que dans chacune d’entre elles, tu as laissé une part de toi. Tu disais exposer : c’est comme mettre à nu son âme devant un public. Cela me surprenait venant de toi : je t’ai toujours connu comme quelqu’un qui adore le contact avec le public, la prise de parole ne t’a jamais paru comme un exercice difficile, au contraire. Tu semblais adorer les feux de la rampe, tu semblais t’épanouir au fil de tes expositions et voilà qu’aujourd’hui tu m’assommes en disant que tu laisses quelque chose de toi.

Je remonte au temps où tu paraissais insouciant moins accaparé, moins acariâtre par ton analyse auquel tu soumets ton monde actuel, ou tu aurais fuit le froid de la neige pour aller te loger et te lover dans la chaleur d’une mer d’ailleurs, où le soleil et le sable sont au rendez-vous. Ta mémoire retient-elle ces instants là : tu courrais pieds nus sur la grève … Ta mémoire reste t-elle muette à cette évocation ?...Ta mémoire te poursuit et te rattrape : elle s’oublie, mais n’oublie rien, elle fait des efforts pour se reconnaître.

Lynn

15 Comments:

Anonymous Yasmine said...

Je n'ose pas être la première personne à laisser un commentaire!

j'ai même peur d'esquinter cette sublime image, ce dialogue dissout sous un momologue d'un trés trés grand don d'écriture!Quelle artiste dors en toi !!!

Lynn, tu m'as encore une fois émue et crois moi quand je te dis que ce texte est une pure merveille!
Merci pour ce cadeau si beau!

11:25 AM  
Blogger Cergie said...

Dis moi, lynn, ton "tu" s'adresse-t-il à quelqu'un de particulier ou à chacun de nous, tes lecteurs ?

La mémoire... je pense qu'elle nous guide et nous domine, elle s'impose ou s'échappe
Mais la mémoire se mate aussi, elle se travaille, on la cultive
C'est vrai qu'il y a des périodes où on a besoin de faire ce travail d'introspection et ce n'est pas toujours facile à vivre, pour soi et pour les autres !

Merci lynn de ce travail de réflexion et de formulation que tu as fourni
Et merci de m'avoir donné à réfléchir à mon tour

12:36 PM  
Blogger Luna said...

J'adore la photo...ton texte et ton jeu de mot au début de cette note...

et par rapport à la mienne sur les miroirs...tu verras bientôt l'extérieur de l'immeuble!

bises et bon weekend

8:04 PM  
Blogger lynn said...

Bonsoir,

Yasmine> Très touchée par ton commentaire. Pour "l'artiste", je suis juste quelqu'un qui aime les mots. Je te remercie pour ton gentil et chaleureux passage.

Cergie> "Tu" s'adresse à un personnage, il s'agit d'un dialogue. A vrai dire à travers le "tu " , j'interpelle le lecteur. Une lecture un peu active...
Je te remercie Cergie d'enrichir le débat avec ton apport:"je pense qu'elle nous guide et nous domine, elle s'impose ou s'échappe. Je partage ton point de vue.

Luna> J'attends la photo, je suis sûre que le résultat est fort intéressant.

Je vous souhaite un excellent week end et merci encore une fois pour vos encouragements.

8:40 PM  
Blogger Imparfait présent said...

C'est fort. Il y a des passages ou je me sens être le *tu*.
On se retrouve tous un peu là avec notre mémoire...

9:40 PM  
Anonymous namfa said...

Chère Lynn, Il en a de la chance le protagoniste de ton merveilleux récit puisque tu as su si bien le décrire et transposer ses actes, paroles et gestes, les rendre vivants pour nous lecteurs.
Bon dimanche!

12:40 AM  
Blogger Delphinium said...

Oh que c'est beau Lynn! C'est un pur régal de vous lire, il m'arrive de prononcer quelques phrases à voix haute, tellement vos mots sont chantants. Et j'aime cette évocation du pinceau sur la toile, le léger bruissement qui remplit l'atelier. Il manquerait peut-être aussi l'évocation de l'odeur si particulière qui trône dans les ateliers du peintre. Et cette réflexion sur la mémoire est très poétique. La mémoire chante au fond de tout être humain, la mémoire des belles choses et la mémoire des moments plus tristes. Sans mémoire, que serions-nous? Vides un peu, peut-être. Comme le dit cergie, la mémoire, il faut parfois la travailler. Le souvenir des parfums, le souvenir des formes, le souvenir des gens. C'est avec la mémoire et les souvenirs que je me rappelle des gens que j'aime et qui sont aujourd'hui partis au-delà des étoiles. C'est avec la mémoire que je me rappelle mon enfance, tendre et douce. C'est avec la mémoire que j'entends les flocons qui tombent doucement dans la nuit. C'est avec la mémoire que parfois je pleure parce que je poursuis des rêves perdus et enfouis.

Ma mémoire n'aurait pas fui le froid de la neige pour aller me lover dans les senteurs de la mer. Mais c'est la mienne...
Merci lynn pour ce beau moment de partage.

11:32 AM  
Anonymous Fabrice said...

Chère Lynn,

Les rives d'or de ta Méditerranée sont toujours gorgées de soleil et de poésie.
Tu épates, tu charmes, tu séduis, tu envoutes tes lecteurs.
Merci pour ton partage et Dieu sait combien il est chaleureux et sincère.

3:24 PM  
Anonymous el greco said...

Mémoire quand tu nous tiens!
Mémoire quand tu nous libère!

Encore et à nouveau un texte sublime!
Merci!

9:10 PM  
Blogger lynn said...

Bonjour,

Imparfait présent> La mémoire interpelle chacun d'entre nous. Elle nous touche. J’ai un peu réussi si le lecteur s’arrête sur certaines phrases et répliques

Chère Namfa> C'était un peu l'objectif: rendre vraisemblable les personnages et arriver à toucher le lecteur

Delphe> Merci pour votre si intéressant commentaire. J'ai gardé des ateliers de peintures (en mémoire) surtout la fusion de la couleur et un peu le désordre dans un espace qui reste chaleureux. Les différentes toiles finies ou en cours donnaient vie à ce lieu un peu à part.
Ma mémoire est restée imprégnée de « tache », mais curieusement aucune odeur...Mémoire visuelle quand tu nous tiens.

Une phrase que je retiens, elle si belle et si bien écrite :"La mémoire chante au fond de tout être humain, la mémoire des belles choses et la mémoire des moments plus tristes. Sans mémoire, que serions-nous? ".Ce vous dites est tellement vrai et si poétique.

Cher Fabrice> Tu m’en vois ravie de charmer, séduire et surtout partager. Très émue par un tel commentaire…

El greco> Mémoire quand tu ne tiens, c'est bien l'expression.

Je vous remercie pour vos passages et cet échange et l'apport de chacun d'entre vous à ce texte.
Merci pour le partage.

Excellente semaine

6:50 AM  
Anonymous soulef said...

@Une douceur infinie émane de ton écriture Lynn caressant tous nos sens , c'est un vrai plaisir ...merci.

10:44 PM  
Blogger Titif said...

De la poésie, des mots enchanteurs, du dessin, de la peinture, de la beauté...ce que je me sens bien dans ton espace !!!

1:02 PM  
Blogger lynn said...

Bonjour,

Soulef> Très ravie de ton passage. Je te remercie pour ton gentil commentaire.

Titif> Merci de dire que tu te sentes bien dans cet espace, je suis très touchée par tes mots.

Je vous remercie pour votre fidélité à cet espace.
Excellente journée

6:38 AM  
Anonymous Malaïka said...

Bonjour Lynn,
Je me permets de passer du "vous" au "tu". Ce texte est magnifiquement écrit et il parle à ma mémoire, la défie et l'incite à une introspection constructive. Je n'ose m'étendre pour ne pas briser l'enchantement de ces mots merveilleux. Merci à toi de laisser ton coeur affleurer au bout de tes doigts pour nous offrir un moment enchanteur.

Malaïka

11:31 AM  
Blogger lynn said...

Bonsoir Malaïka,

C'est moi qui te remercie pour ton commentaire:c'est un texte qui me tient beaucoup à coeur, rien n'est plus agréable que de partager un ressenti
Excellente soirée

Lynn

7:44 PM  

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